Écrire avec l’IA : mes tests, mes règles et ma méthode

De l’affaire Orélien aux limites de Pangram : mes tests et mes conseils pour écrire avec l’IA sans perdre ce qui fait notre voix.

Bonjour,

Dans une précédente lettre, je te racontais que j'avais changé mon rapport à l'écriture avec l'IA. Je préfère écrire moi-même, au stylo ou au clavier. Puis je travaille avec l'IA pour corriger, parfois pour rendre un passage plus clair.

Frédérique, une lectrice, m'avait répondu ceci :

«

Est-ce le début de la rébellion contre les algorithmes ? La victoire de la liberté humaine d’écrire ce qu’elle ressent ? Deuxième newsletter cette semaine qui fait le choix de l’écriture humaine (la 1re est celle d’Élodie Hughes), signal faible ou mouvement de fond ?

»

Pour ce qui me concerne, je ne parlerais pas de rébellion. J'interagis avec les algorithmes depuis 2015, on commence à se connaître. On se rebelle contre ce qui nous opprime, moi j'ai appris à travailler avec ces curieuses bestioles. Il y en a qui mordent et d'autres qui me surprennent, elles n'ont aucune malice.

J'écris à la main parce que j'aime ça. Mais surtout, parce que j'en ai fait un rituel. Je bloque mon vendredi. Je sais que j'ai la journée pour écrire. Je me pose à mon bureau à l'étage, face au jardin, un café glacé ou un verre d'eau menace à tout moment de se renverser sur mon clavier. Mon rythme cérébral ralentit, j'aime ces moments.

Pour moi qui travaille avec l'IA plusieurs heures par jour, ce rituel est un cadeau que je fais à mon cerveau. Je crois que, de plus en plus, nous aurons besoin de nous aménager ces moments sans algorithmes.

Comme dirait Claude : Ce n'est pas une rébellion, c'est un rythme.

Alors, écrire avec l'IA, c'est mal ? C'est une journaliste d'une radio bien connue qui m'a posé la question cette semaine. Tu en as certainement entendu parler : cette polémique autour du romancier québécois Thélyson Orélien, accusé d'avoir écrit son livre avec l'intelligence artificielle.

Bien ou mal ? Ok ou problématique ? Je n'ai pas su quoi répondre. Je ne suis pas expert en bien ou en mal. En revanche, je peux te donner les faits, c'est-à-dire les résultats de mes tests sur Orélien et sur d'autres auteurs. Ce qu'ils nous disent de cette affaire et ce qu'ils ne nous disent pas.

Je peux aussi te dire ce que j'en pense en tant que lecteur et auteur, qui travaille tous les jours avec l'IA. Qui a défié un prix Goncourt sur l'écriture d'une nouvelle. Et qui prépare un livre sur le sujet.

Je te donnerai aussi quelques conseils pratiques pour écrire avec l'IA.

J'ai consigné toutes mes recherches sur un site, dont je te donnerai le lien.

Tu te feras ton opinion.

Si tu découvres cette lettre, je suis Benoît Raphaël, auteur, journaliste et entrepreneur. Flint est notre média et notre école pour apprendre à travailler avec l'IA.

Dans cette newsletter, avec Thomas Mahier, ingénieur, Detsouvan Soum, spécialiste de l'automatisation, et Jeff, notre IA personnelle, nous partageons avec toi nos explorations et nos méthodes pour t'aider à mieux comprendre et maîtriser l'intelligence artificielle.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais d'abord écarter le brouillard un peu nauséabond qui entoure cette polémique. Orélien est un auteur francophone québécois, d’origine haïtienne, ce qui a comme prévu enflammé les sphères d'extrême droite et d'extrême gauche. Ces échanges à l’emporte-pièce nous en disent plus sur la qualité médiocre des débats qui nous attendent dans le cadre de la campagne présidentielle que sur le fond du sujet : Les détecteurs d'IA sont-ils fiables ? Un auteur qui écrit avec l'IA est-il condamnable ? Qu'est-ce que cela nous dit de la littérature de demain ?

Bien. Maintenant, de quoi parle-t-on ?

Le 21 septembre 2026, "Pangramed", un compte anonyme sur "X" (qui porte bien son nom pour le coup), publie un tweet "révélant" que le roman de la révélation littéraire de la rentrée, "C'était ça ou mourir", est généré à 100 % par l'IA. Il avance comme preuve les résultats d'un détecteur IA bien connu appelé Pangram. Le tweet est vu 4,9 M de fois, et tout le monde s'emballe. Orélien, lui, réfute ces accusations. Et chacun y va de son commentaire, plus ou moins bien inspiré.

Qu'en est-il ? Que mesure Pangram ? Et a-t-il pu se tromper ? J'ai vérifié.

Tout d'abord, derrière le compte Pangramed se cache un chroniqueur bien connu des lecteurs du Figaro : Samuel Fitoussi, auteur de plusieurs livres, dont "Pourquoi les intellectuels se trompent" et de "Woke Fiction". Il s'était d'ailleurs fendu d'un billet s'insurgeant contre l'écriture avec l'IA (article payant).

Samuel Fitoussi a finalement reconnu la paternité du compte dans un tweet, le 25 septembre, ajoutant qu'il s'agit d'un "projet collectif".

Qu'est-ce que Pangram ?

Mais qu'est-ce que Pangram, comment fonctionne ce logiciel et est-il fiable ?
Selon une étude de la Booth School of Business de Chicago (2025), Pangram est le meilleur détecteur du moment. Sur près de 2 000 textes écrits par des humains, Pangram n'en a pris aucun pour de l'IA : son taux d'erreur était de 0 %.

Pangram annonce des chiffres un peu supérieurs, mais sur plus d'un million de textes : 0,0041 % de faux positifs sur des textes humains anglais et 0,0026 % sur des textes français (26 erreurs sur 1 million).

Ces chiffres ne racontent qu'une partie de l'histoire. Pangram fait peu de faux positifs, mais peut générer jusqu'à 700 fois plus de faux négatifs, c'est-à-dire juger un texte IA comme humain (1,78 % pour les textes français, selon Pangram, soit 1 erreur sur 56).

Les résultats varient aussi selon les textes et l’usage de l’IA. Une étude de l’université Notre Dame, menée sur des résumés scientifiques en anglais avec une version antérieure de Pangram, montre qu’une simple révision par IA peut déclencher un signal de détection, tandis qu’un outil conçu pour masquer l’écriture IA peut le faire disparaître.

Pour savoir comment interpréter ces chiffres, il faut d'abord comprendre comment fonctionne leur logiciel.

Comment fonctionne un détecteur d'IA ?

Pangram est une société new-yorkaise, créée par 2 chercheurs de Stanford. La société utilise un algorithme dit de "machine learning", entraîné sur 28 millions de textes, selon une méthode dite de textes miroirs. On lui montre un texte écrit par un humain et un texte équivalent écrit par l'IA. L'algo ajuste les réglages internes de son réseau de neurones et, lorsqu'on lui soumet un texte, il va estimer quelle part ressemble à de l'écriture humaine, à de l'écriture assistée par IA ou à de l'écriture générée par IA. Je simplifie. C'est un mécanisme similaire à celui des réseaux de neurones entraînés à distinguer une photo de chat de celle d'un chien. L'IA ne juge pas selon des critères que l'on pourrait énumérer (comme des tournures de phrase), mais en fonction de millions de paramètres mathématiques.

Pour le livre d'Orélien, Pangram donne des scores très élevés. J'ai tenté de reproduire le test, en lui envoyant les deux premiers chapitres 1 par 1, résultat : 100 % IA pour le premier, 94,24 % pour le second.

Orélien, Ô désespoir

On pourrait opposer à ces résultats que le corpus de Pangram sur lequel est entraînée et évaluée son IA contient peu de textes français et encore moins de textes francophones d'auteurs d'origine haïtienne, comme Orélien. Pangram aurait-il pu être trompé par le style unique de l'auteur ?

Alors on connaît mal la proportion de textes français dans le corpus d'entraînement, en revanche, le corpus d'évaluation en contient plus de 360 millions, mais il n'y a pas que de la littérature. Il s'appuie sur une librairie libre de droits et un corpus du web. Pangram affirme qu'elle a aussi entraîné son IA sur des livres sous licence commerciale, acquis par elle. Mais on ne sait pas combien.

Donc impossible de fournir une réponse nette sur un éventuel angle mort à l'entraînement.

En revanche, ce que l'on peut faire, c'est faire analyser par Pangram d'autres textes d'Orélien, ainsi que des livres d'autres auteurs haïtiens.

J'ai donc pris mon courage à deux mains (enfin surtout mon Claude Code), je l'ai connecté à Pangram, mis 50 $ dans le porte-monnaie, et je lui ai confié la mission.

Nous avons donc testé 4 romans francophones haïtiens, de 1944 à 2022. Verdict de Pangram : 100 % humain.

Inspiré par la newsletter de Nicolas Casaux, j'ai aussi comparé, en poussant le test un peu plus loin, des textes d'Orélien d'avant et après 2023. Pourquoi 2023 ? Parce que c'est l'année de sortie de ChatGPT.

Les résultats sont assez frappants. Par leur contraste, je veux dire.

Tous les textes datant d'avant 2023 sont marqués 100 % humains par Pangram. Ceux d'après ChatGPT sont tous étiquetés IA (avec un score allant de 62 à 100 %).

À ce stade de l'enquête, si j'ose dire, un autre détail m'a interpellé. Nicolas Casaux et Radio-Canada ont aussi documenté des accusations de plagiat sur plusieurs de ces textes d'avant ChatGPT. J'ai vérifié le cas de "Où va le monde", primé par Radio-Canada en 2012. Plusieurs passages reprennent presque mot pour mot la préface du "Matin des magiciens" de Louis Pauwels et Jacques Bergier.

Quelle poisse.

Illustration issue de la newsletter de Nicolas Casaux.

Je me suis aussi amusé à tester plusieurs ouvrages de la rentrée littéraire française, au cas où.

Tous sont étiquetés humains.

J'ai aussi lu çà ou là que Pangram aurait classé un poème de Victor Hugo comme étant généré par l'IA. Capture d'écran à l'appui. J'ai donc testé aussi. 40 fois. Sur Albert Camus également. Je suis toujours tombé sur un verdict 100 % humain. Puis je me suis rendu compte que, bien souvent, ces personnes avaient soumis un petit morceau de texte. Or Pangram précise qu'en dessous de 50 mots, le résultat n'est pas fiable parce que l'IA n'a pas assez de surface de texte pour faire ses calculs. J'ai donc testé : 50 mots, 80 mots... le détecteur débloque. Au-dessus de 100 mots, il se stabilise.

Qu'est-ce que ça prouve ?

Les scores de Pangram sont des indices sérieux, mais ils méritent d'être recoupés. Max Spero, cofondateur de Pangram, le rappelle avec Bradley Emi dans leur rapport scientifique : ils déconseillent fortement d’utiliser leur détecteur comme seul arbitre de l’intégrité. Les détecteurs peuvent accuser à tort un humain, et leurs résultats doivent être confrontés à d’autres éléments. Un score ne reconstitue pas la manière dont un livre a été écrit.

Voilà pour les tests.

Tu les retrouveras en intégralité sur ce petit site que j'ai fait développer par Claude Opus 5.5, avec tous les échantillons pour que tu puisses faire les tiens.

Maintenant le fond du débat :

Est-ce grave, docteur ?

A-t-on tort d'utiliser l'IA pour écrire, ou est-ce la manière de l'utiliser qui compte ?

Quand on dit qu’un livre est "écrit par l’IA", on ne sait pas encore grand-chose du travail de son auteur. Lui a-t-il demandé de tout inventer ? A-t-il apporté ses idées, ses recherches, ses souvenirs ? A-t-il discuté les propositions, retravaillé ses phrases ? Ou est-ce l'IA qui a reformulé les siennes ?

L’IA peut nous aider à préciser une idée, à mieux la construire ou à rendre une phrase plus claire. Voire proposer des passages entiers. Parfois, ça m’est souvent arrivé, sa proposition est meilleure.

C'est un collaborateur créatif.

Travailler avec une IA s’apprend. C'est un peu comme jouer d’un instrument. Il faut exercer son jugement, entendre ce qui sonne creux et savoir ce que l’on veut raconter ou exprimer.

Écrire sans IA ? Très bien. Écrire avec l'IA ? Et alors ? Pourquoi le cacher si cela fait partie du processus créatif ?

Encore faut-il avoir le courage de l'assumer.

On va assister à un jeu du chat et de la souris entre ceux qui cherchent à cacher leur usage de l’IA et les détecteurs. Expliquer comment on a travaillé avec l’IA me semble une piste plus intéressante pour établir une relation de confiance.

Certains lecteurs viennent chercher des idées. Pour d'autres, le plaisir tient aussi à la langue, à la rencontre avec une voix. L’usage de l’IA n’aura donc pas la même importance pour tous.

Auteur de Qui pense quand je pense ?, Benoît Bergeret propose un "pacte d’écriture" : l’auteur expliquerait quelles tâches il a confiées à l’IA, pour permettre au lecteur de choisir en connaissance de cause.

Sur la question de la langue, justement, je me souviens d'avoir lu le roman de Thélyson Orélien, "C'était ça ou mourir" le 24 août 2026. J'avais aimé l'histoire, j'avais été touché par l'émotion, mais au bout de 2 chapitres, le livre m'était tombé des mains.

Moi qui ai l'habitude de travailler avec l'IA, j'avais repéré beaucoup de marqueurs classiques des "tics" habituels de Claude : constructions antithétiques ("pas X, Y"...), tricolons argumentatifs (marteler 3 fois une idée avec des mots différents).

Extrait du livre “C’était ça ou mourir”.

J'en avais discuté avec une amie qui avait eu la même impression.

Ce n'est pas tant le fait qu'il ait été probablement écrit par l'IA qui me gênait que son utilisation maladroite. De mon point de vue de lecteur, le pacte était rompu.

Bien entendu, l'IA n'a pas inventé les figures de rhétorique dont elle abuse. Mais comme elle a une approche statistique de l'écriture, elle les place un peu n'importe comment. Elle nous impose discrètement son petit baratin répétitif, qui sonne comme un piano mécanique. Ce n’est pas toujours facile à repérer. Et parfois on peut se laisser porter par une formule creuse mais qui sonne bien.

Il y a donc un risque.

Le risque c’est qu’à force d’accepter les reformulations bien pratiques de la machine, nous finissons par tous nous exprimer de la même manière. 

Mes règles d'écriture

J'en ai donc tiré plusieurs règles pour mon usage de l'IA dans l'écriture. Tu me donneras les tiennes.

  1. Tout d'abord, je lui laisse ce qui m'ennuie. Il y a des textes basiques, répétitifs, pour lesquels j'estime n'avoir aucune valeur ajoutée.

  2. Ensuite, je lui laisse faire ce que je ne pourrais pas faire : analyser des tonnes de documents et produire une synthèse par exemple.

  3. Je l'utilise aussi pour améliorer mes textes : parfois j'ai trop d'idées dans la tête. Elle m'aide à y mettre de l'ordre, elle me propose plusieurs façons de structurer mes idées. Elle m'aide aussi à simplifier, ou à fluidifier ce que j'écris. Ou à trouver le bon vocabulaire.

  4. Je l'utilise pour apprendre à mieux écrire. Avant de les détecter chez l'IA, je n'avais aucune idée de ce qu'était une construction antithétique, un tricolon, et pourquoi on utilisait ces techniques de rhétorique. Il y a aussi des mots que j'ignorais, ou que j'utilisais sans bien les comprendre.

  5. Je garde toujours la maîtrise de ce que je veux exprimer. Le style, c'est la manière dont on articule sa pensée, la façon dont nous regardons le monde, bien plus que la tournure habile ou maladroite.

  6. Mais je la laisse aussi bousculer cette vision. Je l'invite à vérifier ou à contester mes positions. Elle enrichit ma pensée au lieu de la lisser.

  7. J'utilise plusieurs méthodes, pour pimenter le style, pour stabiliser la voix, pour donner de la structure, ou pour atténuer ses tics. Je les combine avec la gourmandise d'un chef, comme pour une recette de cuisine.

  8. Je lui demande aussi de me surprendre. Parfois elle m'invente des formules intéressantes, que je m'approprie. L'IA peut avoir des moments de "génie", complètement inconscients. Ils sont rares, aléatoires, mais je les ai intégrés à mon travail créatif.

  9. À force de travailler avec elle, je connais ses défauts et ses biais, je suis donc toujours vigilant. Je la conteste, je la corrige, je la pousse dans ses retranchements. J'appelle cela la "friction intentionnelle".

  10. Et le plus souvent, j'écris à la main, parce que j'aime ça. Parce qu'écrire participe à la construction de la pensée.

Qui a le droit d'écrire ?

Et puis il y a autre chose. D'un peu plus politique.

Dans mon travail de journaliste, depuis les quartiers populaires d'Échirolles aux cafés parisiens, j'ai rencontré des centaines de personnes passionnantes. Elles avaient un point de vue unique, intéressant, des idées plein la tête, un univers à partager. Tout le monde n'a pas la chance ou le temps de pouvoir écrire. Si l'IA peut permettre à toutes ces personnes de partager leur pensée ou leur imaginaire, je trouve que c'est bien.

Il y a dans cette affaire Orélien quelque chose d'un peu dérangeant. Et c'est mon ami Thierry Taboy, fidèle lecteur de cette lettre, qui l'exprime le mieux :

«

Qui a le droit d'écrire ? [...] Cette polémique révèle quelque chose de plus profond. Et de franchement dégueulasse : un mépris de classe maquillé en défense de la création.

J’ai grandi à la campagne. J’ai aussi passé beaucoup de temps dans les quartiers de Vaulx-en-Velin, notamment au Mas du Taureau. J’ai côtoyé des dirigeants, des artistes, des personnes cabossées par la vie ou atteintes de troubles, des gamins des quartiers...

Quand certains parlent, la phrase boite parfois. Le mot manque. La syntaxe résiste. Mais leur histoire vous prend aux tripes. Elle touche souvent bien plus juste que quantité de livres impeccablement écrits, édités et promus, et désespérément vides.

Quand on s’emmerde, quand on est seul, on rêve. Certains portent des mondes entiers sans savoir les coucher sur une page.

Ces gens ne manquent ni d’imaginaire, ni de sensibilité, ni de pensée. Ils manquent parfois de temps, de confiance, de méthode et des codes qui ouvrent les portes de l’édition.

Une IA peut les aider à ordonner un récit, retrouver un mot, construire une trame, rendre leur voix lisible. Leur histoire cesserait-elle alors de leur appartenir ?

»

Quel modèle d'IA pour écrire ?

Pendant longtemps, je ne jurais que par Claude. Et puis petit à petit, le modèle s'est dégradé. Les concepteurs de ces modèles sont dans une autre course : celle du code, où il n'y a guère de place pour le travail créatif. Il faut apprendre à leur parler autrement.

Bien piloté, le nouveau Claude Opus 5.5 est tout de même capable de belles fulgurances, mais il est encore difficile de lui faire oublier ses petites manies stylistiques. C'est ce qui le perd. Il y a désormais un style Claude, facilement reconnaissable, qui frôle le maniérisme.

Pour écrire avec l'IA, j'ai donc basculé sur ChatGPT. Le modèle 5.6 Sol est excellent, quoiqu'un peu (beaucoup) plus raide. GPT-6 Astra est encore meilleur.

Ma méthode pour écrire un livre en s'aidant de l'IA

Dans notre bootcamp IA personnelle, je livre en détail mon approche pour concevoir puis écrire un essai ou des mémoires, en m'aidant d’un agent IA. Je travaille avec Claude Code ou ChatGPT Codex, dans un dossier de mon disque dur, où l'on retrouve toutes mes notes et mes sources.

Voici une petite synthèse :

  1. Faire émerger le livre : je commence par apporter mes notes, mes expériences et une intention, même vague. Je demande au modèle de m'interroger pour préciser ce que je veux raconter, à qui, et ce que le lecteur doit en retirer.

  1. Chercher et construire le plan : j'ai élaboré une "compétence" (“skill”, en anglais), une méthode, si tu veux, que l'IA va suivre pour m'aider. Elle repère les recherches nécessaires et propose plusieurs architectures. Je les conteste ou les combine. J'en abandonne d'autres. Les recherches peuvent aussi déplacer le sujet.

  1. Préparer chaque chapitre. Chacun contient deux dossiers : "brouillon" et "publication". Dans le second, le chapitre rédigé. Dans le premier, l’IA compile mes notes et construit un "document de travail" qui recense les faits, mes notes, la structure, les liens vers les sources. Ces dernières (articles, études...) sont stockées dans un sous-dossier "sources". Un second document, appelé « mode bourré » se nourrit de mes réponses directes dictées au micro (souvenirs, opinions, scènes, contradictions, ce que je veux faire passer au lecteur...).

  1. Écrire avec continuité. J'utilise une autre compétence maison, "écriture-chapitre" qui contient plusieurs références : une méthode de travail, une "recette de style", un doc que j'appelle ma "constitution de voix" (ma manière d’articuler mes idées et ma position face à mon audience, en répondant à une série de questions) et le plan du livre. L'IA peut écrire un premier jet ou travailler sur le mien.

  1. Vérifier et reprendre le texte. J'utilise une équipe d'agents de relecture, qui vérifient les faits, la clarté du style, la compréhension du lecteur... Je réécris, je tranche... Le plan reste révisable durant tout le process d'écriture.

  1. J'ai également un journal d'écriture, qui indique au modèle ce que l'on a fait dans les précédentes conversations, ou ce qu'on a appris. Et j'ai un fichier "carnet" où je stocke mes idées au fil de l'eau quand je ne sais pas encore quoi en faire.

Le cœur de cette méthode se résume en une phrase :

«

La structure ne fabrique pas l’auteur, elle lui permet d’aller au bout de ce qu’il voulait vraiment écrire.

»

"Un dialogue socratique"

Cette méthode a aidé Valérie Brasse, ingénieure et ludo-pédagogue, à sortir son premier livre, "Parents & enfants, connectés autrement". Le thème : "une approche ludique et créative pour renforcer le lien dans un monde numérique".

Elle a basculé son dossier dans son IA personnelle, en rassemblant ses notes, ses carnets, ses fiches de lecture. Puis elle a écrit seule. Elle a ensuite proposé à son IA de l'analyser. "C'est là où elle m'a challengée". L'IA lui a posé des questions, a fait des liens avec ses notes. Puis elle lui a recommandé d'y mettre plus d'anecdotes. Valérie a récupéré les anecdotes qu'elle avait en vidéo. L'IA les a transcrites, analysées, et lui a indiqué lesquelles pouvaient se mettre à tel ou tel endroit du livre.

«

J'y ai utilisé l'IA de manière "socratique" : j'écris d'abord, elle me pose des questions et me challenge ensuite 😊, et je compte aller plus loin pour un prochain livre en appliquant des compétences étudiées via ce bootcamp : entraîner l'IA sur mon style et la faire co-écrire...

»

Je suis content que Valérie ait pu écrire son livre. Sans l’aide de l’IA, peut-être n’aurait-il pas vu le jour. Elle a pourtant une expérience et un point de vue unique à partager.

Tu peux découvrir son livre ici (à destination des parents, mais aussi des éducateurs au sens large).

Et si tu veux approfondir la méthode, mais aussi apprendre à construire une IA qui travaille avec toi, au fil de tes projets, tu peux rejoindre la liste d'attente de notre bootcamp et découvrir d’autres témoignages.

Les inscriptions pour une deuxième édition rouvriront début octobre. Les places seront limitées, et nous réserverons un tarif exceptionnel aux personnes inscrites sur la liste d’attente. Tu seras prévenu dès l’ouverture, sans engagement d’achat.

Mes projets du moment

Une petite liste des projets IA sur lesquels je travaille.

  • Créer le jeu vidéo dont je rêvais quand j’étais enfant

  • Créer un site pour aider mon père et ma soeur à préparer l’exposition de peinture en hommage à ma mère.

  • Créer une “compétence” agenda pour mon IA personnelle qui s’adapte à mon profil neuro-atypique.

  • Créer un tableau de bord dynamique pour suivre les finances de mon entreprise.

Je te raconterai comment j’ai travaillé dans les prochaines semaines. Les 3 premiers sont déjà bien avancés ! Si tu as des suggestions, des sujets que tu aimerais me voir explorer, écris-moi en répondant à cette lettre.

Voilà pour cette édition ! Dimanche dernier, je t'avais promis de partager avec toi ma méthode pour créer une page web pédagogique, hum... ça sera pour une prochaine fois. Actualité oblige.

Si tu veux partager tes commentaires sur cette lettre, une idée, un outil, une question ou un témoignage, réponds directement à ce mail et laisse-moi un mot. Je réponds à tout le monde et j'en parlerai peut-être ici.

Bonne semaine !

Lettre écrite à 100 % par un humain. Jeff, notre agent IA personnel, a participé à la correction, à quelques reformulations et aux recherches avec GPT-6 Astra, il s’est aussi occupé des illustrations et de la mise en page.

❤️ Benoît, Thomas, Detsouvan et Jeff