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Tout ce qu’il nous reste à explorer

Bonjour,
Je t'écris depuis mon jardin, à Bali. Une petite brise fait vibrer les feuilles des arbres et des plantes, quelques oiseaux entament de temps à autre une étrange discussion.
De nombreux livres ont été écrits sur le bonheur. Je me souviens d'une discussion avec un écrivain qui m'expliquait que le bonheur n'existait pas, que seule importait l'action juste. Mais je pense que c'était un défaut de regard, tu sais, comme ce point aveugle qui échappe à nos yeux mais que notre cœur détecte lorsqu'il n'a rien d'autre à faire.

Je crois que le bonheur est un sentiment qui se glisse doucement dans ces moments simples : se lever le matin et prendre mon café dans mon jardin, un bon repas, une gorgée de vin, avec les personnes que j'aime. Rouler pendant des heures pour découvrir un lieu merveilleux. Et puis, ça te parlera peut-être, toutes ces fois où il ne se passe rien. Tu lèves la tête, regardes autour de toi, et tu te dis : « Quelle chance j'ai d'être ici ! »
Peut-être faut-il avoir vécu des drames pour prendre conscience de l'aura précieuse de ces instants, peut-être devrions-nous simplement avoir l'élégance d'apprécier la chance extraordinaire que nous avons de vivre ces petits instants de grâce.
Cet été, je me suis déconnecté des réseaux, j'ai même oublié de mettre mon ordinateur dans la valise, une première, et je n'ai pas touché à l'IA pendant 3 semaines.
J'ai également pris la décision de passer mon certificat de plongée sous-marine. Un défi très compliqué parce que j'ai une peur panique de me retrouver sous l'eau, et parce que mon cerveau s'affole dès qu'un peu d'eau rentre dans mon nez.
Après quelques exercices douloureux en piscine, durant lesquels j'ai failli abandonner 4 fois, j'ai enfin gagné le droit de plonger dans l'océan. Ça a été une révélation. Pour la première fois, mon cerveau cessait d'être assailli par des milliers de pensées.
Je n'avais jamais vécu cela ! Le premier moment de silence intérieur de toute mon existence. J'étais concentré sur ma respiration (elle permet de contrôler la flottaison sous l'eau), et sur la faune marine qui, autour de moi, vivait sa vie sans se préoccuper de la mienne.

Je me souviens de cette gigantesque tortue de mer et de son air blasé. Elle est passée lentement devant moi, à quelques centimètres, avant de s'envoler vers la surface illuminée.
Parfois je me demande si certaines technologies n'ont pas été inventées pour régler des problèmes provoqués par d'autres technologies. C'est une pensée un peu simpliste, mais je crois que ça ne nous ferait pas de mal de la laisser émerger de temps à autre.
Tout ce qu’il nous reste à explorer
Cependant, je ne pense pas que nous ayons besoin d'exclure les expériences les unes des autres pour nous délecter de leur saveur. Chacune d'entre elles nous offre et nous retire quelque chose. Plonger en mer est une expérience cognitive à part entière. Déguster un verre de vin également. Lire un livre. Regarder une vidéo. Toutes sont des expériences cognitives différentes.
Écrire au stylo dans un carnet ne sollicite pas les mêmes zones de notre cerveau que taper un texte au clavier. Il en va de même avec le fait de travailler avec l'IA.
On ne connaît pas encore très bien l'impact de nos échanges avec les modèles sur notre cognition. Mais il est clair qu'il s'agit d'une expérience cognitive radicalement différente. Elle a aussi ses bons côtés.
Mais je pense que nous devrions réfléchir à développer une forme d'hygiène cognitive en alternant les expériences. Stylo, IA, pinceau, marche, plongée, méditation, dégustation... le cerveau s'adapte à tout à partir du moment où on lui donne la plasticité nécessaire.
Nous avons cette chance incroyable, que les modèles d'IA n'ont pas, de développer notre intelligence sur une infinité de territoires. Qu'il s'agisse de résoudre un problème mathématique ou d'apprécier à sa juste mesure le délicat frisson d'une première gorgée de bière.
Cessons de nous comparer et profitons de notre chance. Nous sommes de la racine des dieux, pour reprendre l’image des Vers d’or de la tradition pythagoricienne. Nous sommes encore loin d’avoir fait le tour de notre propre intelligence.
Ma liberté de t’écrire

Désolé pour cette longue introduction, mais il faudra t'y habituer ! J'ai pris la décision de changer en profondeur la ligne éditoriale de cette lettre dominicale. Elle parlera toujours d'intelligence artificielle, mais sans jamais oublier notre part d'humain. Et puis je l'écrirai un peu comme j'en ai envie.
Dans ce monde de plus en plus rempli d'IA, je crois qu'on a besoin de lire des textes plus humains, plus personnels, avec de vrais choix, et qui ne cherchent pas seulement à satisfaire une audience.
Si tu découvres cette lettre, je suis Benoît Raphaël, journaliste, auteur et vulgarisateur. Flint - Génération IA est notre média et notre école pour apprendre à travailler avec l’IA.
Je partagerai avec toi mes explorations, mes doutes et mes réussites dans le pilotage des modèles et des agents. Mais aussi mes interrogations d'auteur, d'entrepreneur et d'être humain face à l'IA.
Je laisserai aussi la place à d'autres. Detsouvan Soum, qui nous a rejoints l'an passé, t'offira des tutoriels et des guides pratiques. Thomas Mahier te livrera ses astuces et ses intuitions d'ingénieur, mais aussi ses réflexions sur les horizons incertains que cette technologie dessine pour l'humanité.
Cette lettre, je voudrais l'appeler « La Frontière ». J'en avais un peu marre du titre « Génération IA » qui sonne de plus en plus à mes oreilles comme un vieux slogan des années 2000.
Pourquoi la frontière ? Je te laisse deviner et je t'en dirai plus dans une prochaine lettre ! En attendant, passons à la pratique !
GPT-6 : l’intelligence générale, vraiment ?
L'événement de la rentrée, c'est la sortie de GPT-6 Astra. Le nouveau modèle d'IA que tu peux retrouver à l'œuvre dans ton ChatGPT (ou dans "Codex" si tu fais partie des initiés).
On a beaucoup glosé sur ce nouveau modèle, le plus puissant du moment avec Claude Fable 5.1 d'Anthropic.
Jensen Huang, le patron de Nvidia, a même fait cette déclaration tonitruante qui se voulait sans doute historique :
«
L’intelligence artificielle générale est arrivée. Félicitations à l’équipe d’OpenAI.
»
L'AGI, c'est l'intelligence artificielle générale, une sorte de graal mystique qui décrit en gros une IA capable de faire tout ce qu'un humain pourrait réaliser derrière un écran.
Franchement, je ne suis pas fan de ce terme nébuleux, et je préfère l'approche d'Ethan Mollick, qui résume assez bien ce que j'en pense :
«
Sur X, on débat beaucoup pour savoir si Astra et Fable sont des intelligences artificielles générales (AGI). Le problème, c’est que le terme n’a pas de définition précise. Je veux bien admettre que nous sommes entrés dans l’ère de l’AGI si l’on parle d’une « AGI aux capacités inégales » (jagged AGI), qui dépasse l’humain moyen dans de nombreux domaines, mais reste en deçà dans d’autres. Mais est-ce vraiment de l’AGI ? Si l’on entend par là une IA qui surpasse un expert humain dans la plupart des tâches humaines, nous n’y sommes pas. Pas encore ? Il reste stupéfiant de voir le niveau atteint par l’IA et la vitesse à laquelle elle y est parvenue, moins de dix ans après l’invention du Transformer et moins de quatre ans après l’arrivée de ChatGPT (GPT-3.5).
»
Je te donnerai quelques liens intéressants plus loin si tu veux en savoir plus sur GPT-6 Astra.
De mon côté, j'ai beaucoup travaillé avec lui ces derniers jours, et je me suis surtout concentré sur un sujet qui me travaille depuis quelque temps : le montage vidéo. L'IA a toujours été un peu compliquée à piloter sur ce terrain. Et je suis nul en montage.
Astra change-t-il la donne ? Alors la réponse est oui, reste avec moi, je vais te montrer comment faire.
J’ai confié mes vidéos à GPT-6 Astra
Les principaux atouts de GPT-6 Astra sont ses bonnes capacités visuelles et son agilité dans l’utilisation de ce que l'on appelle le "Computer Use". Une technique qui permet à une IA de prendre le contrôle de ton ordinateur pour utiliser tes applications comme le ferait un collaborateur derrière ton écran. Cette méthode n'est pas nouvelle (Anthropic la proposait déjà en 2024), mais elle était un peu laborieuse.
Astra, en revanche, s'en sort très bien et peut réaliser des tâches complexes sur ton écran aussi vite qu'un humain.
Bon, pour dessiner à main levée, ce n'est pas encore ça...

Je me suis donc demandé s'il pourrait s'occuper du montage de mes vidéos à ma place, en utilisant CapCut, le logiciel que j'utilise habituellement et que je maîtrise, il faut l'avouer, assez mal.
J'ai fait plusieurs tests.
J'ai ouvert l'application Codex sur mon Mac, et je l'ai fait travailler dans un dossier "video" en local.
J'ai commencé par lui demander de m'écrire un texte pédagogique à lire à haute voix sur les tokens, ces fragments de texte que les modèles manipulent. Il a fait quelques recherches, a regardé un fichier qui lui décrit mon style oral, et a pondu un texte.
Je l'ai ensuite lu à haute voix devant la caméra, en ne faisant aucun effort de cadrage, de lumière, ni de diction. Je me suis aussi volontairement trompé plusieurs fois pour qu'il coupe ces erreurs au montage.
Je me suis ensuite inspiré d'un prompt de mon ami Jean-Baptiste Berthoux que je trouvais bien tourné, et que j'ai retravaillé, pour lui donner l'instruction suivante.
Tu noteras l'utilisation du terme "/goal" qui lui donne un objectif final et lui impose de ne pas s'arrêter avant d'avoir obtenu le résultat escompté (tu peux aussi lui dire "ton objectif", Astra le comprend aussi) :
Tu es le directeur artistique et éditorial, tu coordonnes une équipe entière.
Tu recrutes et délègues tout à ton équipe. Je vais te donner un lien vers une vidéo pédagogique.
Ton /goal final : la vidéo montée via CapCut sur mon Mac et exportée sur mon bureau. La vidéo doit avoir du motion design et des titres pour faciliter la compréhension. Le montage doit être dynamique, éviter les blancs et les hésitations. Et utiliser des outils de retouche IA pour le visage, la lumière et le son.20 minutes plus tard, j'avais la vidéo montée sur mon bureau. Non seulement il avait supprimé toutes les hésitations et erreurs, mais il avait ajouté des infographies animées ainsi que des sous-titres sans erreur de transcription.
La direction artistique n'était pas géniale (c'est peu dire), mais en même temps je ne lui avais donné aucune indication.
Ces essais, je les mène avec mon IA personnelle. Si tu veux construire la tienne, la liste d’attente du prochain bootcamp est ouverte. Je t’en reparle à la fin de cette lettre.
Au passage, j'ai découvert un outil assez intéressant, qui permet aux agents IA de réaliser des animations pour des vidéos. Il s'appelle Remotion, et il est gratuit pour les particuliers et les entreprises jusqu’à trois salariés. Demande à ton agent de l'explorer, il pourra aussi installer une "skill" (une compétence) qui l'aidera à mieux utiliser cet outil.
Je lui ai donc demandé de "convoquer son équipe créative" pour rendre la vidéo plus pro sur l'habillage graphique, plus rythmée, et d'utiliser Remotion pour les animations.
Tu trouveras la version améliorée ici.
J'ai ensuite essayé de réaliser, à partir du même texte, une vidéo de type "faceless", c'est-à-dire "sans visage". Je voulais que les images mais aussi la voix et la musique soient entièrement générées par l'IA.
Pour cela j'ai utilisé une plateforme que je trouve très intéressante pour les agents IA : kie.ai. Elle te permet de piloter de nombreux modèles d'IA (texte, image, vidéo et son) à partir d'une connexion API, une interface par laquelle ton agent transmet directement ses demandes aux modèles.
(Si c'est trop compliqué pour toi, tu peux aussi utiliser le connecteur Higgsfield en allant dans les plugins de ChatGPT.)
J'ai ensuite amélioré le prompt précédent en lui demandant cette fois de générer la voix off avec l'IA, d'illustrer le propos par des animations imitant la pâte à modeler et de créer la musique de fond.
Astra s'est connecté à Kie AI, a choisi les modèles Gemini Omni et Seedance pour la vidéo (environ 13 plans générés), ElevenLabs pour la voix et Suno pour la musique.
Le tout m'a coûté 25 $ pour une vidéo au format TikTok de 108 secondes, dont 20 % du coût étaient consacrés aux corrections des plans ratés.
Une fois tous les morceaux générés, il a ouvert CapCut sur mon ordinateur et a commencé le montage.

Temps total de l'opération : 35 minutes. Tu peux voir le résultat ici :
Sincèrement, j'ai été impressionné. Prochaine étape, lui donner une vraie direction artistique !
Pour terminer, je voulais voir s'il était capable de réaliser des montages un peu plus compliqués. J'avais une longue interview sous la main (pas loin de deux heures !) et je voulais qu'il me génère une vidéo de trois minutes avec les meilleurs moments, quelques animations et des sous-titres.
17 minutes plus tard, Astra avait analysé la vidéo, transcrit et horodaté les propos pour identifier les bons passages, puis découpé et remonté 16 petits plans pour faire une vidéo. Il a décidé de choisir les moments où je parlais de l'écriture avec l'IA, effectivement les plus intéressants.
Les animations sont discrètes mais pro, et les sous-titres ne présentent aucune faute. Mieux : à un moment, je me trompe sur le prénom d'une personnalité et Astra l'a directement corrigé dans les sous-titres.
La démonstration était convaincante, mais comme souvent, le diable se cache dans les détails. Il y avait deux plans coupés un peu brutalement et un décalage entre la voix et l'image sur l'un d'eux (j'ai compris plus tard que ce décalage était dans la vidéo originale montée par... un humain).
La question était donc de savoir si ce qu'on appelle "le dernier kilomètre" (les petites retouches qui rendent le produit final publiable) n'était pas trop laborieux. Alors ça m'a pris 20 minutes de plus, mais Astra s'en est plutôt bien sorti.
Tu peux voir le montage ici.
Et si l'interview complète t'intéresse, tu peux la trouver sur YouTube.
Il y a d'autres moyens de faire du montage avec les agents IA. La plupart du temps, ils utilisent un logiciel open-source appelé FFmpeg. Mais le passage par CapCut rend le résultat beaucoup plus exploitable dès le premier essai (j'ai testé les deux options pour une même vidéo, et la différence de qualité était nette).
Mon opinion ? Pour les exercices de montage pur avec motion design, ces éléments graphiques animés, je pense qu'un monteur vidéo avec une expérience en infographie s'en serait beaucoup mieux sorti.
Mais ici, j'ai eu une première version en une vingtaine de minutes, et gratuitement. Pour l'interview, les retouches ont porté le total à 37 minutes. Et si je l'avais fait moi-même, n'étant pas doué en montage, j'aurais obtenu un résultat moins bon et en 10 fois plus de temps. Rien que la génération des sous-titres sans faute m'a fait gagner une bonne vingtaine de minutes.
Sur le film entièrement généré par l'IA, on est sur un autre débat. Astra a généré une vidéo de A à Z : du texte à la réalisation, sans aucune intervention de ma part.
Il manque selon moi des tas de détails pour en faire une vidéo intéressante pour les réseaux, mais c'est plus une question de direction artistique en amont que de capacités de GPT-6. Je vais creuser cet aspect et te tiendrai au courant dans les prochaines semaines !
Pour aller plus loin
Mieux travailler avec GPT-6 Astra : les conseils d’OpenAI pour ajuster ses consignes, l’autonomie du modèle et son style ; une lecture plus technique, dont la partie sur les instructions peut servir à chacun.
Comment créer des vidéos IA avec des personnages pour présenter tes produits : une démo courte qui te montre comment combiner Higgsfield et GPT-6 Astra pour générer une publicité. Par une jeune entrepreneuse chinoise expatriée en Californie (en anglais).
Comment Astra découvre les règles d’un jeu inconnu : ARC Prize, qui mesure l'avancée des IA vers l'AGI, montre comment le modèle apprend à agir dans les jeux d'intelligence proposés par son benchmark, et pourquoi les outils qui l’entourent comptent aussi dans ses résultats (en anglais).
Le directeur scientifique d’OpenAI évoque des IA capables d’accélérer leur propre développement. Mais saurons-nous encore les surveiller et nous assurer qu’elles respectent nos valeurs ? Son texte pose une question qui dépasse GPT-6 : à quelles conditions poursuivre cette accélération, et quand ralentir ?
«
À ce stade, je pense qu’aucun laboratoire n’a suffisamment résolu les problèmes d’alignement et de surveillance pour continuer encore longtemps à accroître la puissance des systèmes à vitesse maximale de manière responsable.
»
Dans la même veine, mais un peu moins documenté, tu as peut-être entendu parler du tweet apocalyptique d'un ingénieur d'Anthropic démissionnaire, Jacob Coxon, qui annonce plus ou moins la fin de l'humanité d'ici la fin de la décennie (son message). L'émission Silicon Carne décrypte cette histoire en français et l'emballement médiatique mondial qui l'entoure. Tu peux aussi écouter la réaction du patron d’Anthropic, Dario Amodei, sur CNN.
Et si tu construisais ton IA personnelle ?
En juin, nous avons lancé notre premier bootcamp pour apprendre à construire son IA personnelle. Tu y développes un agent IA qui s’appuie sur tes connaissances et tes méthodes, pour déléguer les tâches rébarbatives, co-travailler sur tes projets et apprendre en faisant.
Nous avons demandé aux participants ce que cette expérience avait changé pour eux. Leurs réponses nous ont fait chaud au cœur. Elles montrent aussi comment leur manière de travailler a évolué, ce qu’ils osent entreprendre et le confort qu’ils y trouvent. Julie nous écrit :
«
Ma pratique professionnelle en est transformée. Je vais beaucoup plus vite pour explorer mes idées et les mettre en pratique. Mais le vrai gain est ailleurs : je travaille avec un filet, dans un tout autre confort, et je reste maître à bord.
»
Les inscriptions pour une deuxième édition rouvriront en septembre. Les places seront limitées, et nous réserverons un tarif exceptionnel aux personnes inscrites sur la liste d’attente. Si tu veux nous rejoindre, tu peux t’inscrire gratuitement sur cette liste et découvrir d’autres témoignages. Tu seras prévenu dès l’ouverture, sans engagement d’achat.
L’outil inutile
«
Ça ne servira pas, on le sent bien. Le plaisir n’est pas là. Plaisir absolu d’égoïsme : une belle chose inutile de bois chaud ou bien de nacre lisse, avec le signe cabalistique sur la lame qui fait les vrais initiés : une main couronnée, un parapluie, un rossignol, l’abeille sur le manche. Ah oui, le snobisme est savoureux quand il s’attache à ce symbole de vie simple. À l’époque du fax, c’est le luxe rustique. Un objet tout à fait à soi, qui gonfle inutilement la poche, et que l’on sort de temps en temps, jamais pour s’en servir, mais pour le toucher, le regarder, pour la satisfaction benoîte de l’ouvrir et de le refermer. Dans ce présent gratuit le passé dort. Quelques secondes on se sent à la fois le grand-père bucolique à moustache blanche et l’enfant près de l’eau dans l’odeur du sureau. Le temps d’ouvrir et refermer la lame, on n’est plus entre deux âges, mais à la fois deux âges – c’est ça, le secret du couteau.
»
Philippe Delerm, La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules.
Voilà pour cette première édition de la rentrée ! J'espère qu'elle t'a inspiré(e).
Si tu veux partager tes commentaires sur cette lettre, une idée, un outil, une question ou un témoignage, réponds directement à ce mail et laisse-moi un mot. Je réponds à tout le monde et j'en parlerai peut-être ici.
La semaine prochaine, je te raconterai comment j'ai recréé le jeu vidéo dont je rêvais étant enfant, avec ChatGPT.
Bonne semaine, et n'oublie pas de ne pas t'oublier !
Lettre écrite à 100 % par un humain. Jeff, notre agent IA personnel, a participé à la correction et aux recherches sur GPT-6, il s’est aussi occupé de la mise-en-page.
❤️ Benoît, Thomas, Detsouvan et Jeff



