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Comment créer un clip vidéo en 1h50
Enquête sur le phénomène Claudia, l'artiste virtuelle et ses plus de 50 millions de vues, et un tutoriel pour expérimenter soi-même la création de vidéos musicales avec Claude.

Bonjour,
Dimanche dernier, j’ai créé un clip vidéo avec une chanson qui m’est restée dans la tête toute la semaine.
Les paroles, la musique, les images, et même le montage… tout a été réalisé par Claude Code, pour 30 $ en moins de deux heures.
À la fin de cette lettre, je t’expliquerai comment j’ai fait pour que tu puisses toi aussi tenter l’expérience.
Mais avant cela, je voudrais te raconter les coulisses de ce clip. Parce que ce que j’ai découvert à travers cette expérience est encore plus intéressant.
Si tu découvres cette lettre, je suis Benoît Raphaël, auteur, journaliste et entrepreneur. Flint est notre média et notre école pour apprendre à travailler avec l’IA. Tu me diras ce que tu en penses et si elle t’est utile.
Dans cette newsletter, avec Thomas, ingénieur, Detsouvan, spécialiste de l’automatisation, et Jeff, notre IA personnelle, je partage avec toi nos explorations et nos méthodes pour t’aider à mieux comprendre et maîtriser l’intelligence artificielle.
Si on t’a transféré cette lettre, tu peux t’abonner ici et si tu veux te désabonner tu trouveras un lien en bas de cette lettre.
Tout d’abord, mon clip. La chanson s’appelle « Je demande à Claude ». C’est une satire de notre usage quotidien de l’IA.
👉 Tu peux la retrouver ici : Je demande à Claude, le clip.

Claudia sous une lumière orange, image de travail du clip « Je demande à Claude ». Image générée par IA pour « Je demande à Claude », Benoît Raphaël. Personnage : Claudia by anabology.
Personnellement, j’ai ressenti des émotions un peu contradictoires en découvrant ce que Claude avait concocté, avec assez peu d’intervention de ma part.
Cette chanson venue du bouillon des algorithmes a très vite rejoint les titres que je me passe en boucle dans ma playlist. On s’est même retrouvés un soir avec ma fiancée à danser sur « Je demande à Claude » tout en préparant le dîner.
Je le dis avec assez peu de fierté parce que je suis au final peu intervenu dans sa réalisation.
La musique n’a pas grand-chose à envier aux hits du moment. Les paroles sont plutôt bonnes, et Claude joue la mise en abyme avec un petit humour pince-sans-rire irrésistible. La réalisation et le montage révèlent parfois de vraies trouvailles : la danse un peu étrange de la chanteuse à un moment du clip, son visage, très expressif, qui se fige par moments comme s’il buggait… C’est un choix « artistique » de Claude. Et c’est ce qui le rend intéressant.
Mais la chanteuse que tu vois et entends sur la vidéo, je ne l’ai pas inventée.
Elle s’appelle Claudia.

La planche d’expressions mise à disposition par Anabology : un visage, plusieurs attitudes. Claudia by anabology. Image générée par IA. Source et réutilisation.
Et elle n’est pas non plus une invention de l’IA. Plutôt un mélange.
Je l’ai découverte pour la première fois dans un clip en français qui a fait pas mal de buzz au mois d’octobre. « C’est de l’IA ». Réalisée avec Claude par un créateur francophone (probablement suisse), Extraltodeus, la chanson a fait plus d’un million de vues sur X. Elle a même été repérée par Elon Musk.

Elon Musk réagit au clip d’Extraltodeus avec un emoji 🔥. Capture conservée le 27 octobre 2026. Publication d’origine sur X.
J’ai donc voulu en savoir plus. Et tout au long de mon enquête, je suis allé de surprise en surprise.
Claudia n’a pas non plus été inventée par Extraltodeus.
Elle est l’émanation d’une artiste virtuelle collaborative. Un personnage imaginaire qu’un créateur humain, Anabology, autorise à réutiliser, y compris commercialement, et qu’il a mis à disposition de la communauté pour qu’elle s’en empare avec l’IA. Et propulse sa carrière.
Et quelle carrière !
En six semaines, plus de soixante clips, une trentaine de créateurs et plus de 50 millions de vues sur ses clips, Claudia est devenue un phénomène contre-culturel.
Le personnage apparaît dans Escape Velocity, publié par Anabology le 25 septembre 2026. Au 6 novembre, soit 42 jours plus tard, le recoupement donne au moins 64 clips musicaux réalisés par 32 comptes créateurs, en incluant ClaudiaGI, la variante française d’Extraltodeus, et les apparitions de Claudia chez d’autres artistes. Même le président de TED, Chris Anderson, y est allé de son clip, en la rendant plus sage et plus âgée, pour exprimer autant sa fascination que sa peur de l’IA.
Tu peux retrouver la galerie officielle de Claudia ici.

Une image de production d’« Escape Velocity », le premier clip de Claudia. Claudia by anabology. Image générée par IA. Source et réutilisation.
Son créateur est également un personnage intéressant. Derrière le pseudonyme d’Anabology, se cache un entrepreneur dans les biotechnologies, RJ Tevonian, basé à Saint-Louis.
Tevonian commercialise un complément alimentaire à base de vitamine E, mais aussi des soins pour la peau et les cheveux. Déjà, dans son parcours entrepreneurial, Anabology avait pris l’habitude d’expérimenter, d’expliquer publiquement sa démarche et de donner aux autres de quoi essayer à leur tour. Il partage ses protocoles sur son site. Dès 2024, des internautes reprennent ce protocole et confrontent leurs expériences dans des discussions publiques.
Pour Claudia, il rend également sa création réutilisable : le personnage et ses images peuvent servir à produire d’autres œuvres, y compris commerciales, sous le nom de leurs auteurs.
Il y a donc derrière Claudia, un véritable univers, le sien : sa passion pour la danse et pour le Wabi-Sabi (une philosophie japonaise pour laquelle les défauts font partie de la beauté). La technologie est, pour lui, un imaginaire, autant qu’un moyen. Et Claudia est une expression de cet imaginaire : imparfaite, partant d’une impulsion humaine, qui voyage dans un monde habité par la nostalgie des idéaux futuristes des années 2000.

Dans « Aero », Claudia apparaît derrière la vitre d’un écran : un futur aux couleurs des années 2000. Claudia by anabology. Image générée par IA. Source et réutilisation.
Mais le succès de Claudia tient aussi à sa rencontre avec un courant naissant, le « slopcore », auquel elle contribue bientôt à donner un visage.
Le nom retourne une insulte : le « slop », cette bouillie de contenus générés par l’IA qui envahit les réseaux, devient une bannière. Ces créateurs assument leurs outils, jouent avec leurs imperfections et mettent en musique les espoirs, les angoisses et les plaisanteries du monde de l’IA. Leur geste a quelque chose de contre-culturel : ils revendiquent le plaisir de créer et d’apprécier des œuvres que leur origine artificielle suffirait, pour d’autres, à disqualifier. Ils partagent aussi leurs méthodes et reprennent les créations des autres. Claudia trouve dans cette effervescence un public, puis des auteurs prêts à lui inventer de nouvelles vies.
Tu peux retrouver les créations slopcore sur ces deux sites : l’événement Sloptoberfest et SlopHits. Il y a quelques pépites. Est-ce de l’art ou de l’IA ? Le débat est ouvert, mais le phénomène culturel est bien réel.
C’est à la suite de cette enquête que j’ai voulu, moi aussi, créer mon clip vidéo. J’ai essayé de faire l’exercice de la manière la plus brute possible. Je voulais laisser un maximum de liberté à Claude, pour évaluer ses capacités techniques et « artistiques », et voir s’il serait capable de me surprendre.
Comme tu le sais peut-être, les modèles frontières comme Claude Opus 5.5 ou GPT-6 Astra sont de plus en plus « capables ». Ils n’ont plus vraiment besoin qu’on leur dise comment faire. Ils ont besoin d’une intention (le « quoi » et le « pourquoi ») et de beaucoup d’informations.
J’ai donc commencé par faire enquêter mon agent IA sur le phénomène Claudia. J’ai créé un dossier sur mon ordinateur pour faire travailler Claude Code dedans.
Puis je lui ai demandé d’explorer le site de l’artiste pour récupérer tous les fichiers de l’univers de Claudia mis à disposition par Anabology.
«
Explore ce site : https://claudia.gallery/. Récupère les pages sur la fabrication et les échecs dans la bibliothèque, et enquête sur anabology / mets tout ce que tu as et auras dans un sous-dossier que tu appelleras etude-cas-claudia
»
Je me suis retrouvé avec un dossier comprenant les dix-sept pages rangées dans la bibliothèque : le personnage, la fabrication de sept films, les échecs du créateur, les outils. L’enquête sur Anabology, Extraltodeus et le slopcore complétait l’ensemble.

La planche de références rassemblée pour préparer le clip, à partir des images de la galerie de Claudia. Claudia by anabology. Image générée par IA. Source et réutilisation.
J’ai ouvert une nouvelle conversation et j’ai entré :
«
J'aimerais partir sur la création d'une chanson originale, donc un clip vidéo complet, en français, utilisant Claudia. Il faudrait d'abord qu'on réfléchisse aux paroles, au titre de la chanson, à ce qui peut en faire un succès. Donc s'inspirer aussi des tendances. Quelles sont d'ailleurs les tendances actuelles ? Qu'est-ce qu'on pourrait imaginer comme thème autour peut-être justement de l'IA ?
»
Claude a fait des recherches, analysé la tendance « slopcore » (plus de 620 titres sur SlopHits), des articles sur le sujet, les classements français dominés par le rap, l’afro et le R&B (Ronisia, Theodora, Guy2Bezbar, Disiz), et les règles de création de chansons d’anabology (un fichier appelé « The Song »).
Je lui propose de partir sur une inspiration au carrefour (improbable) d’Angèle et de Theodora.
Claude retient de Theodora l’ego-trip de « boss lady » et le titre-slogan, d’Angèle le regard ironique sur un sujet de société, chanté d’une voix détachée sur un son dansant (Balance ton quoi, Flemme). Il note que ce ton détaché ressemble au « deadpan » de Claudia évoqué par Anabology. Et décide de partir sur le genre electro-pop.

Deux essais de cadrage et de lumière pour la Claudia de « Je demande à Claude ». Image générée par IA pour « Je demande à Claude », Benoît Raphaël. Personnage : Claudia by anabology.
Claude me suggère alors quatre pistes de thèmes. « Top Modèle » (jeu de mots modèle de langage et top model, sa préférée), « Mes agents », « Je demande à Claude », « T’as raison ».
Je choisis :
«
J'aime bien « Je demande à Claude », ça parlera plus aux gens en termes de leur propre usage.
»
Claude apporte des chiffres pour ancrer les couplets : en France, l’usage personnel de l’IA (48 %) dépasse l’usage professionnel (42 %), 45 % des Français y ont abordé des sujets intimes (Nation.fr, mai 2026) ; 6 % des conversations avec Claude sont des demandes de conseil personnel (Anthropic, avril 2026).
Je décide alors qu’il a suffisamment d’informations pour le laisser faire, jusqu’à la production du clip final :
«
Tu te comportes en directeur artistique pour produire ce tube, clip vidéo compris. Tu pilotes une équipe de créatifs (texte, musique, images, etc.), codeurs, monteurs, etc.
Utilise tous les moyens à ta disposition.
Donne-toi les moyens de vérifier la qualité de ce qui est produit à chaque étape dans des boucles.
Objectif /goal : le clip final, prêt à être publié, qui soit viral et inoubliable (la chanson qu'on a dans la tête) vu les standards du moment
»
Je lui donne accès à un seul outil : Kie.ai. Une plateforme qui permet aux agents d’utiliser des centaines de modèles génératifs de musique, de voix, d’images et de vidéo. J’ai donné la clé API à Claude avec un budget pour qu’il puisse travailler.

Les images fixes préparées pour les scènes du clip : cuisine, bureau, téléphone, canapé… Image générée par IA pour « Je demande à Claude », Benoît Raphaël. Personnage : Claudia by anabology.
La page de ressources de Claudia propose des outils, mais Claude Code décide de s’en passer. Il fait ses propres choix : le brief, les paroles, la musique (avec Suno), la direction artistique, un banc d’essai sur la synchronisation labiale avec différents outils (il choisira « OmniHuman 2.0 ») et le montage.

Un essai avec OmniHuman : les positions de la bouche sont comparées aux mots chantés, à différents instants. Image générée par IA pour « Je demande à Claude », Benoît Raphaël. Personnage : Claudia by anabology.
1 h 50 plus tard il a produit 2 versions qu’il fait juger par deux agents, avant de me livrer la V3 qu’il estime publiable.
Les meilleures trouvailles de la chanson (la mère qui croit que Claude est un copain, la dispute où il donne raison aux deux, le bébé prénommé Claude, la boucle « Et toi ? … Je sais pas… ») ne viennent pas du premier jet. Elles viennent d’un critique que Claude a lui-même inventé, à qui il a donné un rôle de directeur artistique exigeant et les règles de The Song. Claude a écrit, un autre Claude a jugé et proposé, le premier a tranché. C’est la scène de la chanson elle-même : Claude qui demande à Claude.

Une image préparée pour le clip : Claudia se répète d’un écran à l’autre. Image générée par IA pour « Je demande à Claude », Benoît Raphaël. Personnage : Claudia by anabology.
Toute la création du clip, pas à pas
J’ai simplifié ce tutoriel en retenant ce qui a fonctionné. Dans la semaine du 9 novembre, je partagerai avec la communauté du bootcamp une vidéo de toute la démarche : comment j’ai organisé mes dossiers, rassemblé la matière et travaillé avec mon IA, de l’enquête au clip final, essais et ajustements compris. De quoi reproduire l’expérience sur ton propre projet.
C’est ce que nous explorons avec Thomas dans le bootcamp IA personnelle : construire une IA qui connaît tes projets et apprendre à travailler avec elle. Un module sur le montage vidéo est aussi prévu d’ici début 2027. Il reste quelques places pour nous rejoindre.
La saga des artistes virtuels
Claudia s’inscrit dans une histoire déjà longue d’artistes virtuels. Les Chipmunks chantaient avec des voix accélérées dès 1958. Gorillaz a ensuite fait des personnages dessinés les visages d’un groupe. Mais sa parenté la plus directe est avec Hatsune Miku, née en 2007 : une voix de synthèse incarnée par une jeune fille aux longues couettes turquoise, pour laquelle des milliers de créateurs composent des chansons. Anabology revendique cette inspiration. Comme Miku, Claudia offre un personnage commun à des auteurs qui lui inventent chacun une nouvelle vie. L’apparition de l’IA a simplement élargi les possibilités de cette création collective.

Hatsune Miku incarnée par une personne en costume : le personnage vit aussi à travers les créations de ses fans. Photographie de 2018. Photo : chripell / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Image redimensionnée et compressée ; cette version reste sous la même licence.
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❤️ Benoît Raphaël
Avec la participation de Thomas Mahier, Detsouvan Soum et Jeff.
P.-S. Si tu souhaites travailler les usages pratiques de l’IA avec ton équipe, nous proposons aussi des accompagnements pour les entreprises avec Flint Entreprise.
Comment j’ai écrit cette lettre
J’ai commencé par mener l’enquête en échangeant avec Jeff, mon IA personnelle. Nous avons rassemblé de nombreuses sources directes, des liens et des analyses. Puis je l’ai interrogé comme je le ferais avec un journaliste qui aurait travaillé sur le sujet : je lui posais des questions pour creuser certains points, il repartait chercher, nous rapprochions les informations et formulions des hypothèses.
J’ai ensuite écrit le premier brouillon d’une traite. Puis j’ai demandé à Jeff de corriger les coquilles, de me proposer les corrections de langue, de retrouver les illustrations dans nos dossiers, de les placer dans le texte et de compléter les liens. Il m’a aussi aidé à formuler les ajouts que je lui ai dictés et à préparer la mise en page.
Comment j’ai fait (et comment tu peux faire pareil)