Comment j'ai appris le design avec Claude Code

On utilise l'IA pour automatiser des tâches rébarbatives, rarement pour apprendre une compétence. C'est pourtant peut-être là que se cache son potentiel le plus sous-estimé.

Bonjour !

Tout d'abord quelques excuses.

Je t'avais promis une lettre par semaine et j'ai été absent pendant deux semaines. Mais c'est un peu le problème avec l'IA. On a le sentiment de pouvoir faire plus, mais on a encore du mal à mesurer ce plus.

En gros, l'IA me fait gagner 10x plus de temps, mais me permet surtout de faire des choses que je ne savais pas faire avant, du coup je fais 10x plus de choses.

J'ai donc eu ces dernières semaines une tendance à lancer plusieurs projets en même temps en mode « yallah » en oubliant ce deuxième petit handicap que j'ai en dehors de mes troubles de l'attention : je suis perfectionniste.

Et parfois je suis aussi un peu (beaucoup) obsessionnel quand un truc me passionne. Et je suis donc capable de bosser 10 heures d'affilée sans penser à manger. Pas du tout une bonne idée.

Bref, j'ai donc été très occupé à écrire ce nouveau rendez-vous hebdomadaire, à lancer Génération IA Entreprise (qui démarre très bien) et à préparer dans la foulée le bootcamp IA personnelle (qui démarre début juin et qui est notre projet le plus ambitieux à ce jour). Ah oui et puis, LE PLUS IMPORTANT, j'ai aussi prévu de demander ma copine en mariage et forcément cette seule idée a pris une ampleur démesurée dans ma tête.

Et puis un matin mon cerveau m'a dit : « non non, prends une pause ». Ok.

Et puis Thomas a eu un accident en nettoyant sa piscine. Et on s'est dit bon, on va faire une pause.

Je me suis donc concentré sur ma demande en mariage, je me suis occupé de mon jardin qui avait bien besoin d'être entretenu (à Bali les plantes ont un projet : envahir le monde !). J'ai aussi consacré un peu de temps à observer mon manguier qui fait 10 mètres de haut et dont les mangues de 1kg chacune menacent en permanence de me tomber sur la tête (en fait, il en tombe une toutes les 20 minutes en général à 30cm de mon bureau).

Bon, on voit pas très bien sur la photo, mais si tu zoomes tu verras les mangues tout en haut.

Tout ça pour te dire que je suis de retour et en (presque) pleine forme, et que Thomas va beaucoup mieux même s'il nous a fait une grosse frayeur.

En fait, pour être complètement honnête : la semaine dernière, j'étais prêt à t'envoyer une lettre sur ce que j'avais appris sur le design graphique. Et puis, j'ai eu un petit moment de syndrome de l'imposteur.

Mais aujourd'hui comme je suis en mode « vivons dangereusement » (rapport aux mangues qui tombent), je vais quand même le faire. C'est mon cadeau du mois de mai : un dossier spécial apprentissage.

Alors accroche-toi, je vais te raconter comment j’ai appris le design graphique avec l'IA pour faire des sites ou des présentations, alors que je n'y connais rien.

(Cette lettre est plus longue que d'habitude, c'est l'idée du dossier mensuel.  Donc si tu n'as pas le temps, sauvegarde cette lettre pour la relire plus tard ou vas tout en bas pour lire la synthèse !❤️❤️❤️ )

Je suis Benoît Raphaël, et avec Thomas Mahier (ingénieur en IA) et Jeff (notre IA personnelle), je t'aide à mieux comprendre et maîtriser l’intelligence artificielle.

Retrouve chaque semaine mes carnets de route dans lesquels je partage nos trouvailles et nos réflexions. Et un dossier complet tous les mois.

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Pour aller plus loin, nous te proposons aussi des formations individuelles, des bootcamps et du coaching en entreprise.

🤓 Cette semaine, voici ce que tu vas apprendre dans ce dossier :

  • Pourquoi laisser un outil IA faire ta charte graphique à ta place te renverra toujours du statistiquement correct.

  • Comment retourner la logique : demander à l'IA de t'apprendre, pas de faire à ta place.

  • Comment Claude Code peut devenir ton meilleur prof de design en quelques heures, avec une méthode simple à reproduire.

  • Pourquoi le vrai sujet, c'est apprendre à parler design avec l'IA (DESIGN.md, skills, Aura), pas apprendre le design tout court.

Benoît

Apprendre plutôt que déléguer

Cette idée n'est pas venue par hasard. Ça faisait un moment qu'on cherchait à se payer une vraie charte graphique pour Génération IA et Flint. Pas le temps, pas l'argent pour une agence.

Et puis en avril, Anthropic a sorti Claude Design. La promesse (version bullshit) : « grâce à ce nouvel outil magique, tu vas ENFIN avoir des présentations et un site super joli. Haha. »

L'idée n'était pas nouvelle. Google avait sorti quelques mois plus tôt une plateforme appelée Stitch, qui fait à peu près la même chose. C'est la tendance du moment : après le « vibe coding » (coder avec l'IA sans savoir coder), voici le « vibe design » (faire du design sans rien y comprendre).

Or, il y a deux manières d'aborder l'IA sur ce sujet : soit tu la laisses faire à ta place, soit tu apprends à travers elle.

J'ai commencé par la première. J'ai ouvert Claude Design et j'ai entré :

« Génération IA est un média-école francophone dédié à la maîtrise de l'IA générative, à distance de la hype, nous proposons une newsletter éditoriale et des formations. »

Et j'ai ajouté :

« Je veux un site élégant et premium, plutôt avec du bleu mais pas trop flashy, et puis une belle place au texte pour pas faire trop marketing. »

(Oui, tu peux te moquer.)

Claude m'a posé quelques questions. Puis il a généré une maquette avec son interprétation des mots « bleu pas trop flashy », « élégant » et « premium ».

Voici le résultat :

Le vrai point positif de Claude Design c’est que tu peux modifier la page directement depuis l’interface.

Alors bon, je sais pas toi, mais tu vois ces titres moitié droit moitié penché ? J'ai appris plus tard qu'on appelait ça un duo roman-italique. Il a visiblement été à la mode dans les années 2000. Résultat : les documents d'entraînement des modèles en sont remplis, et Claude le ressort par défaut chaque fois qu'il entend « premium » et « élégant ».

Tu vois peut-être où je veux en venir. Sans expertise de ma part, Claude me renvoie du statistiquement correct. C'est comme lui demander : « écris-moi un post LinkedIn qui marche », et tu te retrouves avec un texte rempli d'emojis et de formules creuses.

Je me suis dit que c'était l'occasion d'apprendre quelque chose. Tiens, et si j'apprenais le design ?

Parce qu'il y a un usage de l'IA dont on ne parle jamais assez : on l'utilise pour automatiser ou se décharger des tâches rébarbatives, mais rarement pour apprendre. Plutôt que de lui demander « fais à ma place », et si on lui demandait « apprends-moi à faire avec toi » ?

Défi relevé. Pour apprendre, j'ai pris le meilleur compagnon qui existe : Claude Code. Un agent IA qui sait à la fois philosopher, gérer des fichiers et coder est probablement le meilleur instructeur du monde. Tu vas voir qu'à la fin, j'ai accompli plus de choses avec lui qu'avec Claude Design… j'y reviens en conclusion.

Apprendre avec Claude Code

Trois aspects dans l'apprentissage avec l'IA :

1) L'IA ne sait pas toujours qu'elle sait

Il faut apprendre à dialoguer avec elle pour lui faire excaver les trésors cachés de sa connaissance interne.

Essaie de lui demander :

Comment faire une charte graphique ?

Puis change de conversation et essaie plutôt :

Je veux apprendre le design graphique. Quels sont les plus grands experts qui ont réfléchi à la question du design et qu'ont-ils dit ? Fais l'archéologie du concept. Dis-moi tout ce que tu sais.

Tu vois la différence ?

Cette deuxième approche, je l'appelle le dialogue engineering. On construit une conversation pour chauffer petit à petit le modèle, avant de lui poser la question finale. Comme construire une cathédrale par connexions progressives.

Après sa réponse, écris :

À partir de maintenant, dans chacune de tes réponses, inclus au moins deux références scientifiques, littéraires ou philosophiques. Propose-moi systématiquement plusieurs pistes critiques. Termine par une synthèse concise et facile à comprendre. Explorons... [SUJET]

Puis demande-lui d'explorer tel ou tel sujet.

Au bout d'un moment, quand tu as bien exploré, tu reviens à ta question initiale :

Comment dois-je m'y prendre pour réaliser une charte graphique ? 

Tu verras que la réponse n'aura plus rien à voir. Au passage, tu auras appris quelque chose.

2) Une conversation ne suffit pas

Il faut documenter ce que l'on apprend, sinon on oublie vite. Et l'IA aussi : les réponses se dégradent au fil de la conversation, donc tu dois souvent en ouvrir une nouvelle.

Un chatbot ne suffit donc pas (je t’expliquerai pourquoi plus bas).

C'est pour ça que j'utilise désormais Claude Code pour toutes mes interactions avec l'IA. Son avantage : il travaille dans tes dossiers et peut y écrire.

Crée un dossier MON-ESPACE sur ton disque dur. Puis ouvre Claude Code depuis l’application Claude Desktop (à télécharger ici) dans ce dossier.

(Si tu n’as pas d’abonnement Claude, tu peux essayer l’application “Codex” qui marche avec ChatGPT et qui est basée sur le même principe.)

Puis entre :

Crée un fichier CLAUDE.md à la racine qui explique de manière concise que c'est mon espace d'exploration et de travail. Puis crée un dossier design destiné à l'exploration et à l'expérimentation, avec un CLAUDE.md dans ce dossier qui dit à quoi il sert.

(Tu n'as pas besoin de tout comprendre, à ce stade, mais ça te servira pour plus tard.)

Regarde dans ton Finder : ton espace a désormais un dossier et deux fichiers. Voilà, tu es prêt.

Au fil de tes échanges, consigne ce que tu trouves intéressant :

« Peux-tu mettre cette explication dans un fichier ? » 

Termine toujours par une formalisation :

« Crée-moi un fichier méthode pas-à-pas pour créer une charte graphique, avec le glossaire des termes techniques à connaître pour discuter avec un pro. » 

En fin de conversation : « Mets à jour le CLAUDE.md pour qu'on puisse reprendre la prochaine fois. »

Note pédagogique :

Le fichier CLAUDE.md est un fichier de mémoire qui aide Claude Code à reprendre le travail et comprendre ce qu’il y a dans ton dossier et ce que l’on y fait.

Petit à petit, tu te constitues un dossier d'apprentissage qui servira de mémoire à Claude dès que tu ouvriras une nouvelle conversation :

« Reprenons notre travail sur le dossier design. »

Ce que je te propose là est une version ultra-simplifiée. La mienne est beaucoup plus sophistiquée, mais l'objectif est que tu puisses commencer aujourd'hui.

3) Apprendre en faisant et en se trompant

C'est le neuroscientifique Stanislas Dehaene qui le dit :

« C'est dans la mise à l'épreuve qu'on s'aperçoit qu'on ne sait pas alors que l'on croit savoir, et l'erreur est strictement normale, elle fait partie de l'algorithme d'apprentissage. Quand on s'arrête de faire des erreurs, cela ne signifie pas que l'on a tout compris mais que l'on a cessé d'apprendre. »

Stanislas Dehaene

C'est le gros avantage de Claude Code : tu n'apprends pas que la théorie. À tout moment, Claude peut coder une page pour voir le résultat. Tu itères très vite, et c'est souvent plus facile que de décrire avec des mots ce que tu veux. Une expérience que tu n'auras jamais avec une agence. À condition de toujours rester dans une démarche d'apprentissage.

Se poser les bonnes questions

Une fois mon exploration terminée, j'ai ouvert une nouvelle conversation : « Reprenons notre travail sur le dossier design. » Claude prend connaissance des fichiers.

Puis :

« Aide-moi à créer une charte graphique pour ma marque. Suis les méthodes qu'on a explorées et pose-moi les bonnes questions. »

Claude a utilisé une technique inspirée de Robin Williams (la designer américaine, autrice de The Non-Designer's Design Book, à ne pas confondre avec l'acteur) : poser les questions de cadrage. Qui sommes-nous, qui ne voulons-nous pas être, quelle est notre mission, dans quel univers nous évoluons. J'ai répondu à toutes ces questions. Ça a fait un deuxième fichier.

À un moment, je lui dis : « Je voudrais quelque chose de premium. »

Il me répond : « Ok... mais le mot premium est piégé. Il peut désigner au moins quatre choses. »

(Ah bon ?)

Et il en liste quatre auxquelles je n'avais pas pensé : le premium d'héritage, l'artisanal, le minimaliste, l'intellectuel.

J'ai choisi l'intellectuel mais sensible. Et j'ai ajouté un mot pas du tout précis et pas du tout design : je veux qu'on soit gentil avec le lecteur.

Ce mot a servi de marchepied. On a décortiqué ensemble. Gentil, dans ma bouche, voulait dire : exigeant et accessible à la fois. Une élégance qui ne demande pas à la personne en face de faire des efforts inutiles.

Et là, bien sûr, Claude m'a posé la question que je ne m'étais pas posée : à qui parle exactement ce thème ?

Merde. On aurait peut-être dû commencer par là.

J'ai ouvert une autre conversation en parallèle pour creuser notre audience, sur laquelle je n'avais qu'une intuition et quelques données. Je lui ai injecté les 8000 verbatims de nos sondages et d'autres venus de nos formations. Il en a sorti sept profils, puis une figure commune sous-jacente : l'humaniste en traversée. Quelqu'un de cultivé, en transformation, qui veut maîtriser l'IA pour traverser son époque sans perdre ce qui le distingue.

Note : 

Cette lecture, je l'ai faite en demandant une analyse Gestalt des verbatims + une lecture par des experts du sondage. Un concept dont je t'avais parlé dans une précédente newsletter sur la puissance du vocabulaire en prompting. Le mot Gestalt est l'un de ces mots-graines qui changent la profondeur d'une analyse par l'IA.

J'ai posé la cible dans un fichier (cible.md) et je suis revenu à la conversation principale en lui pointant ce fichier.

Et c'est seulement à partir de là qu'on a commencé. Par les mots, comme un designer que j'ai découvert, Massimo Vignelli, le préconisait.

Comprendre le sens des choix

Selon ce dieu du design graphique, au commencement était le verbe. Les mots, puis la typographie... avant les couleurs.

Sur la typographie, Claude m'a expliqué qu'une page utilise généralement deux polices. Une pour les titres, qui s'expose. Une pour le corps, qui doit disparaître, « comme un verre de cristal au service du vin », écrivait Beatrice Warde en 1932. Tu lis le sens, pas les lettres.

J'ai stoppé Claude Code. « Explique-moi d'abord ce qui rend une typo lisible. » Il m'a tout expliqué (passionnant).

Et là, il faut que je te raconte une autre découverte. Comme je ne lis pas le code, mais comme Claude Code écrivait du HTML qu'il ouvrait directement dans mon navigateur (le HTML est ce qui affiche les pages d'Internet, par exemple cette lettre), je voyais immédiatement le résultat de chaque police. Il a même rajouté un petit panneau pour naviguer dans les versions.

Tu noteras le petit panneau dynamique en haut pour tester chaque police.

Je disais ce qui me plaisait, ce qui me dérangeait. Il modifiait le code, rouvrait la page. Quelques secondes par tour.

Le code devenait notre langage commun, alors que je ne le parle pas. C'est cette vitesse qui change l’expérience. Aucun designer humain, même le plus disponible, ne peut t'offrir ça.

J'ai choisi un duo : Newsreader (autorité tranquille) et Inter (lisibilité maximale). Exigeant et accessible. On commençait à poser quelque chose.

Après les mots, les couleurs. Et là, Claude Code, dans son enthousiasme, est allé trop vite. Il m'a montré plusieurs pages avec différentes palettes et m'a demandé : laquelle tu préfères ?

J’ai répondu :

« Honnêtement, j'aime le saumon des pages roses du Financial Times. Mais c'est un goût personnel. Qu'est-ce qu'elles font psychologiquement, les couleurs ? »

Il a lancé un sous-agent qui est parti six minutes lire Goethe (Traité des couleurs, 1810), Michel Pastoureau (l'historien français des couleurs), Eva Heller (psychologue allemande qui a étudié l'effet émotionnel des couleurs sur deux mille personnes), et deux études marketing récentes. Il en est ressorti avec une note de 315 lignes, six pistes de palettes argumentées, chacune avec ses références éditoriales. J'ai tout lu. Puis il m'a montré le résultat en codant les pages.

Et c'est comme ça que j'ai compris pourquoi je voulais du jaune et du bordeaux sans avoir jamais su le dire. Alors qu'au début je disais que je préférais le bleu.

Six heures plus tard, je ne les ai pas vues passer, la charte était là : un fichier argumenté dans mon dossier appelé identite-visuelle.md. Claude a même monté lui-même cette première version sur notre site à partir du code existant.

Ce fichier me sert aussi de base pour demander à Claude Code (ou ChatGPT) de générer des présentations, et même des images.

J'aurais pu m'arrêter là.

Qu'est-ce qu'on a raté ?

Quelques jours plus tard, j'ai rouvert Claude Code en partant de mon dossier : « Qu'est-ce qu'on a raté ? Convoque des experts avant de répondre. »

J'avais raté plein de choses. Par exemple l'étape moodboard (une sélection d'images qui te permet d'identifier ton territoire visuel)… mais il m'a expliqué qu'il y avait plusieurs écoles, et que certaines étaient contre.

Le monde du design est immense, il ne s'apprend pas en six heures. Mais comme le dit Dehaene, il faut bien commencer, et itérer en se trompant pour apprendre. C'est ce que permet l'échange avec Claude Code : tester très vite ce qu'on a appris, revenir en arrière, recoder une page entière, lancer de nouvelles recherches. Il est infatigable.

Mon dossier était désormais bien rempli : des fichiers retraçant pas à pas nos réflexions (cibles, typos, palettes), le fichier de référence final. Je pouvais reprendre la réflexion à n'importe quel stade.

J'étais prêt pour ma deuxième leçon. Elle allait être très différente, et elle a commencé par un post sur le blog de Google.

Apprendre en copiant

Quelques jours plus tard, le 21 avril, Google Labs publiait une méthodologie pour aider les agents IA à piloter une charte graphique.

Mais avant d'aller plus loin, il faut que je t'explique quelque chose sur la « mémoire » des IA.

Note pédagogique (importante pour comprendre la suite) : 

Les modèles d'IA, chatbots ou agents de code, n'ont pas de mémoire au sens où nous le comprenons. Leur mémoire, ce sont des fichiers. Les agents (Claude Code, Codex) utilisent des fichiers markdown (.md). Certains, comme CLAUDE.md ou SKILL.md, sont structurants — ils sont écrits en capitales et consultés systématiquement selon le contexte. D'autres sont des fichiers de connaissance (une note, une synthèse), consultés au fil de l'eau. La mémoire des agents n'est jamais « infinie » comme tu as pu le lire.

Elle suit un principe de découvrabilité progressive : à toi de structurer ton dossier pour aider ton IA à être efficace et personnalisée.

Google a donc proposé un nouveau fichier structurant : DESIGN.md. Lisible à la fois par les agents et par les humains. Dès que tu veux demander à Claude une présentation, un site, un flyer, tu lui donnes à lire le DESIGN.md qui contient toute la grammaire de ta charte graphique.

La structure du document est détaillée dans un répertoire Github, une plateforme réservée aux développeurs. Difficile à lire pour moi. Pas pour Claude Code. J'ai envoyé le lien à Claude pour qu'il l'analyse, puis je lui ai demandé de me créer dans notre dossier un DESIGN.md à partir de notre fichier d'identité visuelle.

Ce fichier est devenu un élément structurant de sa mémoire, qu’il peut désormais exploiter pour tous ses travaux graphiques.

Mais en tirant le fil de cette histoire, j'allais comprendre quelque chose de plus important encore pour mon parcours de petit scarabée.

Je ne devais pas seulement apprendre le design : je devais surtout apprendre à parler design avec l'IA. Avec le bon langage et les bons formats de fichiers. Or, le langage préféré des IA, c'est justement le code.

C'est ce que j'ai compris en regardant cette vidéo de Greg Isenberg où un designer web renommé, Meng To, explique comment il parle design avec Claude Code pour toutes ses réalisations.

Il a créé une plateforme, Aura, qui permet à chacun de récupérer des fichiers à donner à son IA pour explorer toutes les dimensions du design web.

Note : 

Toujours dans ma démarche d'apprentissage, j'ai importé le transcript de cette vidéo dans mon dossier design pour le décrypter avec Claude Code.

Meng To explique que le DESIGN.md contient la grammaire de la charte.

Mais ce n'est pas suffisant.

Sur une page web, l'agent a aussi besoin de comprendre la mise en scène et le mouvement. Plutôt que de les lui décrire avec des mots, le plus efficace c'est de les lui montrer avec du code, c'est-à-dire en HTML, le langage des pages web.

Aura propose donc des modèles. Une section DESIGN.md permet de télécharger à la fois le DESIGN.md et le HTML correspondants, selon le type de page recherché.

La page “design-md” du site Aura.

Une autre page, « templates », entre par la composition et le mouvement (certaines mises en page utilisent du REACT, qui produit des effets saisissants). Tout est téléchargeable, images comprises. Tu cliques sur « remix » pour personnaliser, « copier » pour récupérer le code, et tu colles dans un fichier que tu modifies avec Claude Code. Pas besoin de comprendre le code.

Et puis Meng To va plus loin. Ce qui fait vraiment la différence en design (ce qui fera qu'une page impressionne) c'est la secret sauce. La manière dont un designer exploite ses années d'expérience pour donner à ta page son côté unique.

Or, il est possible de faire digérer cette secret sauce à ton agent. On appelle cette technique d'apprentissage les skills (littéralement, les compétences).

Note pédagogique : 

Une skill est un dossier comprenant différents fichiers (instructions, appels à des outils) qui enseignent à ton agent une compétence. Ici, des compétences de designer et de codeur : créer des mises en scène ou des effets spécifiques (une page qui convertit, un effet de flou, un PDF artistique, une méthode pour chercher et importer les bonnes images sur Aura). Tu importes le dossier skill et tu demandes à Claude Code d'installer la skill.

Aura permet donc aussi d'entrer par les skills pour récupérer des fichiers d'instructions. Elles donnent à Claude Code des super-pouvoirs de designer.

Cette approche « copier pour comprendre » est aussi une bonne manière d'apprendre. 

Plus seulement par les mots, comme le suggérait Vignelli, mais par le visuel, le code, et les recettes de cuisine des meilleurs designers.

Regarder comment font les pros, tester, comprendre les mécanismes, combiner… c'est une excellente école.

J'ai donc téléchargé dans mon dossier (en créant un sous-dossier par thème) les DESIGN.md et HTML qui m'intéressaient. J'ai aussi importé quelques skills, puis demandé à Claude Code de les analyser.

Note sécurité : 

Quand tu importes un fichier, surtout une skill, demande toujours à Claude d'analyser les failles. Certains peuvent contenir des risques ou des instructions cachées.

Puis je lui ai demandé de générer des pages fictives pour Génération IA en combinant ces fichiers.

En quelques minutes, sans avoir à coder, j'avais le site sur mon navigateur. J'ai pu tester des dizaines d'approches, en échangeant avec Claude Code sur les principes qui les guidaient, le nom des techniques de mise en scène ou de mouvement, leur résonance avec ma charte. Parfois, il combinait la composition d'un site (HTML, REACT) avec une approche graphique (skill) et mon DESIGN.md.

Les résultats étaient parfois complètement nuls… ce qui m'a fait comprendre qu'une bonne charte est aussi une charte capable de résister à tous les tests.

Exemple de thème présenté sur Aura.

Variations proposées par Claude Code sur le même thème. Un petit bouton me permet de naviguer entre ses variantes.

Bref, en quelques heures, et en compagnie de ce super prof capable de coder autant que de théoriser, j'avais plus appris sur le design qu'en plusieurs mois.

Ce qui fait la différence ici, c'est que l'agent IA peut coder pour moi. Il peut même coder ou piloter des outils pour générer des documents ou des présentations. Je peux apprendre en faisant.

L'IA n'est pas un esclave qui fait à notre place en nous évitant un effort cognitif. C'est aussi un compagnon qui nous aide à apprendre plus vite. Sa secret sauce pédagogique, c'est la rapidité d'exécution.

Pour un designer pro, c'est tester plus d'hypothèses. Pour un profane comme moi, c'est élargir les frontières de mon savoir. Et si demain je travaille avec un designer humain, je pourrai mieux échanger avec lui.

Et là, tu vas peut-être me dire : alors, Claude Design ou Claude Code ? Ma réponse sera philosophique, et c'est elle qui va conclure ce dossier.

Le problème avec les outils IA

Il y a plusieurs manières d'aborder l'IA. Soit elle fait à notre place, soit elle travaille avec nous. On croit aller plus vite en déléguant, donc en allant chercher l'outil le plus spécialisé pour faire à notre place.

Le problème : aborder un nouvel outil demande du temps de cerveau. Et comme ces outils changent en permanence, on finit par s'épuiser. On éparpille notre travail entre plusieurs plateformes.

L'avantage des agents IA comme Claude Code, c'est qu'ils se comportent comme des collaborateurs à tout faire. Tu peux les personnaliser, leur demander de te créer eux-mêmes les outils dont tu as besoin. Et comme ils apprennent à partir de fichiers, tout ce que tu apprends avec eux reste dans le même dossier au fil du temps.

Tu capitalises sur un collaborateur, plutôt que de jongler entre les outils. Même Claude Cowork, dont tout le monde parle, est à mon avis une perte de temps. Claude Code fait la même chose, sans doute plus, et il est plus rapide et plus stable.

C'est aussi la philosophie de notre prochain bootcamp IA personnelle. Arrêter de s'éparpiller, investir dans un seul système. Le monde de l'IA va tellement vite que c'est épuisant. Il est temps de reprendre le contrôle.

Si ce dossier t'a intéressé et que tu veux aller plus loin, inscris-toi sur la liste d'attente pour faire partie des premiers à participer au programme.

Voilà ! Si tu n’as pas eu le courage de tout lire, tu trouveras l’essentiel dans cette fiche récapitulative :

FICHE RÉCAP - APPRENDRE LE DESIGN AVEC L’IA

Le constat de départ. Tu demandes à Claude Design (ou Stitch chez Google) de te faire un site « élégant et premium ». Sans expertise de ta part, l'IA te renvoie du statistiquement correct : la moyenne du web, les duos roman-italique des années 2000.

Le retournement. Plutôt que dire à l'IA « fais à ma place », lui dire « apprends-moi à faire avec toi ». L'IA devient un compagnon de formation, pas un sous-traitant.

Pour démarrer.

  • Télécharge Claude Desktop, l'application Claude qui tourne sur ton ordinateur.

  • Crée un dossier MON-ESPACE sur ton disque dur.

  • Ouvre Claude Code dans ce dossier depuis Claude Desktop.

  • Demande-lui de créer un fichier CLAUDE.md à la racine, plus un sous-dossier design avec son propre CLAUDE.md.

  • Voilà, tu es prêt.

La méthode, en trois principes. Applicables avec Claude Code.

  • Excaver la connaissance interne du modèle par dialogue progressif. Une question d'ouverture large (« fais l'archéologie du concept de design ») chauffe le modèle, avant la question opérationnelle.

  • Documenter au fil de l'eau dans des fichiers .md. Ton dossier de travail devient la mémoire que Claude relit à chaque nouvelle session.

  • Apprendre en faisant. Claude Code écrit du HTML que ton navigateur affiche en direct. Itération en quelques secondes, à mille lieues d'un échange avec une agence.

  • Le second niveau : apprendre à parler design avec l'IA. Le bon langage et les bons formats de fichiers comptent autant que le sujet lui-même.

DESIGN.md (Google Labs, 21 avril) : la grammaire de ta charte graphique, lisible à la fois par les humains et les agents.
HTML / REACT : la mise en scène, montrée par le code plutôt que décrite avec des mots.
Skills : les recettes de cuisine des meilleurs designers, à importer dans ton dossier.
Aura ([aura.build]) : la plateforme de Meng To qui regroupe DESIGN.md, templates et skills.

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